Dans le jardin du voisin, les massifs se dégarnissent, les hortensias brunissent, et pourtant une touffe persiste, verte et parfois encore fleurie, bravant les premières gelées sans la moindre protection. Beaucoup y verraient un oubli, un pot qu’on aurait négligé de rentrer avant l’automne. En réalité, ces géraniums qui tiennent tête au froid cachent un secret botanique que la plupart des jardiniers amateurs ignorent, faute d’avoir démêlé une confusion de noms vieille de plusieurs décennies.
- Les pélargoniums (plantes de balcon) craignent le gel et doivent être rentrés dès fin octobre, contrairement aux véritables géraniums vivaces, rustiques jusqu'à -15°C.
- Le géranium sanguin et le géranium à gros rhizome sont deux variétés vivaces particulièrement résistantes au froid, idéales en pleine terre toute l'année.
- Pour réussir leur implantation, il est conseillé de planter en septembre ou au printemps dans un sol bien drainé, puis de rabattre le feuillage en fin d'hiver et de diviser les touffes tous les trois à quatre ans.
Géranium ou pélargonium, la confusion qui coûte cher à vos plantes
Le malentendu remonte à l’arrivée en Europe, au dix-septième siècle, de plantes originaires d’Afrique du Sud que l’on a longtemps classées dans le même genre que les géraniums européens. Ces plantes aux fleurs rouges, roses ou blanches, cultivées en jardinière ou en pot sur les balcons, sont en réalité des pélargoniums (Pelargonium). Le pélargonium zonale, le plus courant sur les rebords de fenêtre, ne supporte pas le gel et doit impérativement être rentré dans une pièce fraîche et lumineuse dès que les températures frôlent zéro.
Les véritables géraniums, eux, appartiennent au genre Geranium et poussent naturellement dans nos campagnes, nos sous-bois et nos prairies. Le géranium vivace Rozanne, par exemple, forme une touffe généreuse de fleurs bleu violacé qui s’épanouit en pleine terre de juin aux premières gelées, puis disparaît sous terre l’hiver pour repartir au printemps suivant. Contrairement aux pélargoniums de balcon qui gèlent et exigent un hivernage à l’abri dès fin octobre, les véritables géraniums vivaces sont rustiques jusqu’à moins quinze degrés et peuvent rester en pleine terre tout l’hiver sans protection particulière.
Ces géraniums vivaces qui résistent au froid sans aucune protection
Certaines espèces se distinguent par une résistance au froid particulièrement remarquable, héritée de leur adaptation aux climats continentaux et montagnards. Le géranium sanguin (Geranium sanguineum), reconnaissable à son feuillage découpé qui vire au rouge cuivré en automne, pousse aussi bien en plein soleil qu’en mi-ombre et tolère sans broncher les sols pauvres et caillouteux. Sa rusticité exceptionnelle s’explique en grande partie par son système racinaire profond, qui met les réserves de la plante à l’abri du gel superficiel.
Le géranium à gros rhizome (Geranium macrorrhizum) mérite également une place de choix au jardin, d’autant qu’il forme un tapis couvre-sol (une plante basse qui occupe le terrain et limite la pousse des herbes indésirables) particulièrement efficace sous les arbustes. Son feuillage aromatique, semi-persistant selon les hivers, dégage une odeur légèrement camphrée au froissement, et ses fleurs roses ou blanches apparaissent dès le printemps. Ces deux variétés illustrent bien pourquoi les géraniums vivaces n’ont rien à envier aux pélargoniums en matière de générosité florale, tout en s’affranchissant des contraintes d’hivernage.
Comment planter ses géraniums vivaces pour qu’ils passent l’hiver dehors
La réussite d’une plantation de géraniums vivaces se joue d’abord sur le choix de la période. Septembre reste une fenêtre idéale, puisque le sol encore tiède favorise l’enracinement avant l’arrivée des premiers froids, mais une plantation au printemps convient tout autant si l’on préfère attendre la reprise de la végétation. Dans les deux cas, mieux vaut éviter les mois les plus froids, où la terre gelée ou détrempée complique l’installation des jeunes racines.
Le sol joue un rôle déterminant dans la résistance hivernale de ces vivaces. Un sol bien drainé, qui évacue l’excès d’eau sans retenir l’humidité stagnante autour du collet, limite considérablement les risques de pourriture pendant les mois pluvieux. Un léger paillage, posé en première année avec des feuilles mortes ou du broyat (des fragments de bois issus du broyage de branches), aide les jeunes plants à mieux supporter leur premier hiver, le temps que leurs racines s’installent durablement dans le sol.
- Geranium sanguineum : exposition soleil à mi-ombre, sol drainé, idéal en bordure ou en rocaille
- Geranium macrorrhizum : exposition mi-ombre à ombre, tolère la sécheresse estivale, parfait en couvre-sol sous arbustes
L’entretien minimal qui fait toute la différence au printemps
Les géraniums vivaces demandent étonnamment peu d’attention une fois installés, ce qui explique leur popularité croissante auprès des jardiniers soucieux de limiter les interventions chimiques et l’arrosage superflu. En fin d’hiver, avant le redémarrage de la végétation, il suffit de rabattre le feuillage fané à quelques centimètres du sol pour laisser place aux nouvelles pousses. Ce geste simple, réalisé en une dizaine de minutes par touffe, stimule une repousse dense et homogène dès les premiers redoux.
Avec le temps, les touffes s’étoffent et peuvent perdre en vigueur au centre, signe qu’il est temps de les diviser. Tous les trois à quatre ans, à l’automne ou au printemps, déterrer la touffe et séparer les éclats racinés permet non seulement de redonner de l’énergie à la plante mère, mais aussi de multiplier gratuitement ses géraniums pour garnir d’autres coins du jardin. Cette opération, courante chez les vivaces, s’apparente à un rajeunissement qui prolonge la floraison généreuse de ces plantes année après année.
Distinguer pélargoniums et géraniums vivaces, c’est s’épargner des hivernages inutiles tout en profitant d’un jardin fleuri sans effort. La rusticité de ces vivaces varie néanmoins selon les régions, les hivers rigoureux de l’Est ou des zones montagneuses n’offrant pas les mêmes conditions que les littoraux plus cléments ; un paillage généreux et le choix d’un emplacement abrité restent toujours de bons réflexes pour sécuriser une première saison en pleine terre.

